Faire force commune pour le sport en Outaouais

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Trois acteurs régionaux. Des réalités différentes. Des enjeux qui nous rassemblent.

Depuis le début de cette campagne électorale, nous avons choisi de parler de sport. De ce qu’il apporte à nos communautés, des personnes qui le font vivre, des parcours qu’il permet de construire, mais aussi des conditions nécessaires pour qu’il puisse continuer à se développer.

Cette fois, la voix est différente. Elle est commune.

Excellence sportive Outaouais, Loisir sport Outaouais et le RSEQ Outaouais interviennent à différents endroits du sport régional. Nos mandats sont distincts, nos réseaux aussi, et nous ne côtoyons pas toujours les mêmes réalités. Pourtant, lorsque nous mettons nos regards en commun, les mêmes préoccupations reviennent : l’accessibilité à la pratique, les infrastructures, le recrutement et la rétention des entraîneurs et des officiels, le bénévolat, ainsi que la capacité des organisations à répondre à des responsabilités de plus en plus importantes en matière d’éthique, d’intégrité et de sécurité.

Lorsque trois regards différents sur le sport nous ramènent aux mêmes enjeux, nous croyons qu’il faut les écouter.

C’est pourquoi nous choisissons aujourd’hui de les porter ensemble. Non pas pour parler au nom de chaque organisation sportive de l’Outaouais ni pour présenter une nouvelle liste de demandes, mais parce que ces réalités influencent directement notre capacité collective à faire vivre le sport dans notre région.

L’accessibilité : pouvoir entrer dans le sport, mais aussi pouvoir y rester

Rendre le sport accessible est une ambition largement partagée. Mais encore faut-il s’entendre sur ce que signifie réellement avoir accès au sport.

Il y a d’abord une réalité incontournable : la capacité financière. Le coût d’une inscription n’est qu’une partie de la dépense réelle associée à la pratique sportive. Selon le sport et le niveau de pratique, il faut parfois ajouter l’équipement, les vêtements, les déplacements, les compétitions, les tournois et différents frais qui s’accumulent au fil d’une saison. Pour certaines familles, ces coûts peuvent influencer le choix d’un sport, la fréquence de pratique ou simplement la possibilité d’y participer.

Et cette question ne disparaît pas nécessairement une fois la porte franchie. Plus un jeune avance dans son parcours, plus ses besoins et les occasions qui s’offrent à lui peuvent évoluer et les coûts avec eux. L’accessibilité financière doit donc être réfléchie au moment de l’initiation, mais également dans la capacité de poursuivre une pratique dans le temps.

Une activité abordable n’est toutefois pas automatiquement accessible.

L’endroit où l’on habite compte aussi. Sur un territoire aussi vaste et diversifié que le nôtre, la proximité des installations, les distances à parcourir, le transport, les horaires et la diversité de l’offre peuvent changer considérablement les possibilités réelles de pratiquer. Une activité peut exister en Outaouais sans être véritablement accessible à une famille qui doit parcourir une longue distance plusieurs fois par semaine pour y participer.

La disponibilité des infrastructures entre également dans l’équation. Avoir un gymnase, une glace, un terrain ou un autre plateau sur un territoire ne signifie pas nécessairement qu’il est disponible aux moments où les organisations et les participants en ont besoin. Les coûts et les conditions d’accès à ces installations peuvent eux aussi influencer l’offre sportive et, éventuellement, ce qui est demandé aux participants.

Enfin, il y a la capacité d’accueil de nos organisations. Un club peut avoir une liste de jeunes qui souhaitent pratiquer et ne pas pouvoir ouvrir un groupe supplémentaire faute d’entraîneurs. Une organisation peut avoir les entraîneurs nécessaires, mais manquer de plateaux. Une équipe peut être prête à évoluer, mais faire face à une pénurie d’officiels qui limite les possibilités de compétition.

L’accessibilité est donc à la fois financière, territoriale et organisationnelle. Et surtout, avoir accès au sport ne devrait pas seulement signifier pouvoir commencer. Il faut aussi pouvoir continuer.

Comment pouvons-nous réellement parler d’un sport accessible si certaines personnes peuvent en franchir la porte, mais n’ont pas les conditions nécessaires pour y rester?

L’accessibilité ne se décrète pas. Elle se construit.

Former, oui. Mais réussir à garder nos gens.

Cette capacité à offrir du sport repose énormément sur les personnes qui l’encadrent.

Nous devons continuer à recruter et à former des entraîneurs et des officiels. Mais un système qui doit constamment recommencer le recrutement parce qu’il ne réussit pas à retenir les personnes qu’il a formées perd continuellement une partie de son expertise.

Pour les entraîneurs, l’enjeu dépasse donc la formation. Il touche l’accompagnement, le développement continu, la reconnaissance de l’expertise et les conditions dans lesquelles ils exercent leur rôle. Pour certains, la professionnalisation doit également faire partie de la discussion. Nous voulons des personnes compétentes pour accompagner nos participants et nos athlètes; nous devons aussi nous demander quelles conditions leur permettent de continuer à le faire.

La réalité des officiels mérite la même attention. Leur présence est indispensable à la tenue des compétitions, mais leur contribution est parfois moins visible lorsqu’on parle de développement sportif. Là encore, recruter et former ne suffit pas. Leur expérience, leur accompagnement, leur reconnaissance et les conditions dans lesquelles ils exercent leur rôle influencent leur volonté de demeurer engagés.

Former est essentiel. Retenir l’expertise que nous développons l’est tout autant.

Le bénévolat : une force que nous ne pouvons pas tenir pour acquise

À leurs côtés se trouvent les bénévoles. Une grande partie du sport québécois repose encore sur des personnes qui siègent à des conseils d’administration, organisent des activités et des compétitions, coordonnent des équipes, gèrent des inscriptions et accomplissent une multitude de tâches essentielles.

Mais leur rôle a changé.

Les responsabilités liées à la gouvernance, à l’administration, à l’éthique, à l’intégrité et à la sécurité se sont multipliées et complexifiées. Cette évolution est nécessaire. Nous devons continuer à améliorer nos pratiques et à offrir des environnements sportifs toujours plus sécuritaires et mieux encadrés.

Il existe toutefois une tension que nous devons reconnaître : nous demandons à juste titre davantage de rigueur et de professionnalisme à des organisations dont une partie importante du fonctionnement repose toujours sur l’engagement bénévole.

Nous ne pouvons pas répondre à cette réalité simplement en cherchant davantage de bénévoles. Nous devons aussi nous demander comment rendre leur engagement viable : comment les accompagner, leur donner accès aux bons outils et aux bonnes expertises, simplifier ce qui peut l’être et éviter que quelques personnes aient à porter seules des responsabilités de plus en plus spécialisées.

Maintenir des standards élevés et soutenir ceux qui doivent les appliquer ne sont pas deux objectifs opposés. Ils doivent avancer ensemble.

Des infrastructures qui permettent réellement de pratiquer

Nos ambitions pour le sport doivent également pouvoir s’appuyer sur les lieux où il se pratique.

Certains besoins nécessiteront de nouvelles infrastructures et des investissements importants. Mais le défi est plus large que la construction. Il concerne aussi l’état des installations existantes, leur répartition sur le territoire, leur disponibilité, leur coût et les conditions auxquelles les organisations peuvent y accéder.

Il faut également regarder comment nos infrastructures scolaires, municipales et sportives peuvent mieux se compléter. Un plateau disponible dans un réseau peut parfois répondre à un besoin présent dans un autre, à condition que les mécanismes permettant de le partager existent réellement.

Cela suppose de mieux connaître à la fois nos besoins et nos capacités. Où manquons-nous réellement de plateaux? Où existe-t-il des périodes disponibles? Quels sports ou quelles clientèles sont particulièrement limités par l’accès aux installations? Quelles barrières empêchent actuellement une utilisation plus optimale de ce que nous possédons déjà?

Construire fera parfois partie de la réponse. Mieux planifier, mieux partager et mieux utiliser doivent aussi en faire partie.

Des enjeux différents qui racontent pourtant la même histoire

L’accessibilité, les entraîneurs, les officiels, le bénévolat, les infrastructures, l’intégrité et la capacité de nos organisations pourraient facilement être abordés comme autant de dossiers distincts.

Sur le terrain, ils ne le sont pas.

Un manque d’entraîneurs peut limiter le nombre de participants qu’une organisation est capable d’accueillir. Un manque d’officiels peut réduire les possibilités de compétition. L’essoufflement des bénévoles peut fragiliser une organisation entière. Une infrastructure inaccessible peut empêcher le développement d’une programmation. Et lorsque les responsabilités augmentent sans que l’accompagnement suive, ce sont souvent les mêmes personnes qui doivent absorber cette pression supplémentaire.

Nous parlons beaucoup de développer la pratique sportive. Mais développer la pratique sans développer en parallèle la capacité de notre système à l’accueillir crée inévitablement une pression quelque part dans la chaîne.

C’est ici que la notion d’écosystème sportif prend tout son sens.

Un écosystème sportif fort ne repose pas uniquement sur le nombre de participants ou sur les résultats de nos athlètes. Il repose sur les personnes, les organisations, les infrastructures, les expertises et les réseaux qui rendent ces parcours possibles, ainsi que sur les liens qui existent entre eux.

Nous croyons donc qu’il faut cesser de regarder l’accessibilité, l’encadrement, le bénévolat, les infrastructures et la capacité organisationnelle comme des enjeux complètement séparés. Ce sont différentes conditions d’une même réalité : notre capacité collective à offrir du sport, à le rendre accessible et à permettre aux personnes qui le pratiquent d’y trouver leur place et d’y rester.

Ne pas simplement en demander davantage au système

Cette façon de regarder les enjeux doit aussi changer notre façon d’envisager les solutions.

Nous ne pouvons pas répondre à l’essoufflement du bénévolat uniquement en recrutant davantage de bénévoles. Nous ne pouvons pas répondre au manque d’entraîneurs et d’officiels uniquement en multipliant les formations. Nous ne pouvons pas parler d’accessibilité uniquement en réduisant le coût d’inscription si les infrastructures, les ressources humaines ou les capacités organisationnelles ne suivent pas.

La réponse ne peut pas toujours être d’en demander davantage aux mêmes personnes et aux mêmes organisations. Il faut aussi leur donner davantage de capacité.

Cela passe nécessairement par des investissements à certains endroits. Mais l’argent ne constitue pas le seul levier. L’accompagnement, la reconnaissance, la rétention, une meilleure utilisation des infrastructures, une collaboration accrue entre les réseaux et un accès plus simple à certaines expertises peuvent également faire une différence.

Nous devons aussi être prêts à nous demander ce que nous gagnerions à faire ensemble. Est-il nécessaire que chaque organisation développe seule les mêmes outils ou cherche individuellement une expertise spécialisée dont plusieurs ont besoin? Dans certaines situations, la mutualisation de ressources, d’expertises ou de services pourrait permettre de soutenir davantage d’organisations et de leur redonner du temps pour leur mission première : faire vivre le sport.

Il ne s’agit pas de tout centraliser ni d’effacer les particularités de chacun. Il s’agit de reconnaître que certains défis dépassent désormais les frontières d’une seule organisation et que certaines solutions gagneront, elles aussi, à les dépasser.

Trois regards. Une voix commune.

C’est précisément ce qui rassemble aujourd’hui Excellence sportive Outaouais, Loisir sport Outaouais et le RSEQ Outaouais.

Nos trois organisations voient le sport à partir de perspectives différentes. Cette complémentarité nous permet de constater que plusieurs des enjeux vécus dans nos réseaux se rejoignent et, surtout, qu’aucun acteur ne détient seul l’ensemble des leviers nécessaires pour y répondre.

Les organisations sportives ont un rôle à jouer. Le milieu scolaire aussi. Les municipalités, les partenaires régionaux et les différents paliers de gouvernement détiennent également une partie des solutions.

Notre message n’est donc pas une liste de demandes. C’est un appel à regarder ensemble les conditions qui permettent réellement au sport de vivre et de se développer.

La campagne électorale constitue une occasion privilégiée de mettre ces réalités dans la conversation publique et d’entendre les personnes qui souhaitent représenter notre région sur la façon dont elles souhaitent y contribuer. Mais ces enjeux dépassent largement une campagne électorale. Ils concernent le sport que nous voulons être capables d’offrir dans cinq, dix ou quinze ans.

Nous voulons un sport plus accessible, mais nous devons aussi avoir la capacité de soutenir cette accessibilité. Nous voulons des environnements de qualité, mais nous devons donner à ceux et celles qui les construisent les moyens de les maintenir. Nous voulons davantage de participants, mais nous devons pouvoir les accueillir. Nous voulons que les gens entrent dans le sport, mais nous devons aussi créer les conditions qui leur permettront aux participants, entraîneurs, officiels ou bénévoles d’avoir envie et d’avoir la possibilité d’y rester.

C’est cette conviction que nos trois organisations choisissent aujourd’hui de porter ensemble.

Parce que faire force commune, ce n’est pas seulement parler d’une même voix. C’est reconnaître que nous détenons chacun une partie de la solution et choisir de les mettre en commun pour faire avancer le sport en Outaouais.

Parlons sport.