Entraîner : une passion, mais aussi un métier à reconnaître

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Lorsque nous regardons un athlète performer, nous voyons le résultat de plusieurs années d’entraînement, de sacrifices, de talent et de persévérance. Derrière ce parcours se trouve pourtant presque toujours un entraîneur qui planifie, observe, analyse, adapte, enseigne et accompagne. Son influence dépasse largement la performance sportive : les entraîneurs contribuent aussi au développement de la confiance, du leadership, de la résilience et à la création d’expériences sportives positives et inclusives.

Du 14 au 20 septembre, la Semaine nationale des entraîneurs sera justement l’occasion de souligner cette influence et de dire #MerciCoach à ceux et celles qui font une différence dans le parcours de milliers d’athlètes. L’Association canadienne des entraîneurs rappelle d’ailleurs que leur rôle touche notamment le leadership, la confiance en soi, l’inclusion et la résilience, bien au-delà du développement des habiletés sportives.

Cette semaine est une belle occasion de dire merci. Elle devrait aussi nous amener à poser une question plus large : quelles conditions offrons-nous à ceux et celles dont le rôle est justement de développer nos athlètes et de faire vivre notre système sportif?

Quand la passion ne suffit plus

Le sport québécois repose énormément sur l’engagement de milliers d’entraîneurs bénévoles. Leur contribution est essentielle et doit continuer d’être reconnue et soutenue. Mais le bénévolat et la professionnalisation ne s’opposent pas. Notre système sportif a besoin des deux.

À mesure que les athlètes progressent, les exigences envers les personnes qui les accompagnent augmentent elles aussi. Entraîner demande des connaissances de plus en plus spécialisées, de la formation continue, de la planification, des déplacements en compétition, une collaboration avec différents professionnels et une présence soutenue auprès des athlètes. Nous demandons donc aux entraîneurs de développer une véritable expertise et d’assumer des responsabilités importantes dans le développement humain et sportif des jeunes qui leur sont confiés.

La passion peut certainement amener quelqu’un à devenir entraîneur. Elle ne peut toutefois pas, à elle seule, garantir qu’il pourra le demeurer pendant dix, quinze ou vingt ans. Si nous voulons conserver cette expertise dans notre système sportif, nous devons aussi nous intéresser aux conditions qui permettent aux entraîneurs de développer leurs compétences, d’être accompagnés et, pour ceux et celles qui choisissent cette voie, d’en faire une profession durable.

Professionnaliser davantage l’entraînement ne signifie donc pas remplacer les entraîneurs bénévoles ni prétendre que chaque personne qui entraîne doit en faire son métier. Il s’agit plutôt de reconnaître que notre système a également besoin d’entraîneurs professionnels et que cette expertise doit pouvoir être développée, valorisée et retenue.

Développer les athlètes, mais aussi ceux qui les développent

Nous investissons beaucoup d’énergie pour permettre à nos jeunes de progresser dans leur sport. Nous parlons d’infrastructures, de programmes, de services spécialisés, d’accès à des plateaux et de soutien aux athlètes. Tous ces éléments sont importants, mais ils ne peuvent atteindre leur plein potentiel sans les personnes qui possèdent l’expertise nécessaire pour accompagner les athlètes.

Cette réalité est particulièrement importante en région. Si nous voulons qu’un jeune puisse découvrir son sport en Outaouais, y développer son potentiel et y progresser le plus longtemps possible, nous devons aussi être capables de conserver autour de lui des entraîneurs compétents et expérimentés. Retenir nos athlètes en région passe donc aussi par notre capacité à développer et à retenir nos entraîneurs.

Développer un entraîneur ne se limite toutefois pas à lui offrir une formation ou une certification. Comme dans plusieurs professions, son développement se poursuit au quotidien, à travers les expériences vécues sur le terrain, les échanges avec ses pairs, l’accompagnement, le mentorat, la réflexion sur sa pratique et l’accès à différentes expertises.

Le rôle d’Excellence Sportive Outaouais

À Excellence Sportive Outaouais, notre travail auprès des athlètes ne peut pas être dissocié de celui effectué auprès des personnes qui les accompagnent. Soutenir le développement du sport dans notre région, c’est évidemment offrir des services aux athlètes, mais c’est aussi contribuer à créer autour d’eux un environnement qui leur permet de progresser. Les entraîneurs occupent une place centrale dans cet environnement.

C’est pourquoi le développement des entraîneurs fait partie de notre intervention régionale. Nous cherchons à leur donner accès à des occasions de développement, à différentes expertises, à des échanges avec leurs pairs et à un accompagnement qui correspond aux défis qu’ils vivent réellement sur le terrain.

Le rôle de conseiller ou conseillère au développement des entraîneurs et de leur environnement (CDEE) s’inscrit directement dans cette approche. Présents dans les régions du Québec et connectés aux réalités de leur milieu, les CDEE accompagnent les entraîneurs dans leur développement et dans les défis rencontrés au quotidien. Ils ne remplacent pas les formations ou les certifications. Leur rôle est plutôt complémentaire : créer des espaces d’échange et d’apprentissage, offrir de l’accompagnement individuel, mettre en relation différentes expertises et soutenir les clubs dans le développement de leurs entraîneurs.

Pour Excellence sportive Outaouais, cette fonction est particulièrement cohérente avec notre rôle de carrefour régional. Elle nous permet d’être au croisement des athlètes, des entraîneurs, des clubs, des organisations sportives et des différentes expertises qui gravitent autour de leur développement. Elle permet surtout d’accompagner les entraîneurs au-delà de leur formation initiale et de répondre à des besoins qui émergent directement du terrain.

Développer une expertise, c’est aussi vouloir la conserver

Lorsqu’un entraîneur expérimenté quitte le milieu parce qu’il ne peut plus concilier les exigences de son rôle avec les conditions qui lui sont offertes, nous ne perdons pas uniquement une personne. Nous perdons des années de formation, d’expérience, de relations et de connaissances qui auraient pu continuer à profiter à plusieurs générations d’athlètes.

À l’inverse, lorsqu’un entraîneur peut développer son expertise, être accompagné et construire une carrière dans sa région, son influence se multiplie. Au fil des années, ce sont des dizaines, parfois des centaines de jeunes qui peuvent bénéficier de ses connaissances et de son expérience. Les clubs deviennent plus solides, d’autres entraîneurs profitent à leur tour de cette expertise et l’ensemble du milieu sportif se développe.

C’est aussi pourquoi la pérennité des mécanismes qui accompagnent les entraîneurs doit faire partie de la réflexion. Le modèle des CDEE nous permet déjà d’agir en proximité avec les entraîneurs et les clubs. Si nous reconnaissons l’importance de développer et de retenir cette expertise, nous devons également nous demander comment assurer la continuité de ce type d’accompagnement dans nos régions.

Cette réflexion rejoint d’ailleurs l’un des thèmes retenus cette année pour la Semaine nationale des entraîneurs : l’avenir du coaching, avec une attention portée aux nouveaux entraîneurs, au mentorat et aux cheminements de développement.

Une question qui mérite sa place dans la campagne électorale

En cette période électorale, nous parlons beaucoup de santé, d’éducation, de jeunesse, d’infrastructures, d’accessibilité ou encore de rétention de nos talents. Le sport se retrouve à la croisée de plusieurs de ces enjeux, mais demeure encore assez peu présent dans les discussions politiques. La place accordée aux entraîneurs mérite elle aussi de faire partie de cette conversation.

Quelle place voulons-nous accorder à leur formation et à leur développement professionnel? Comment pouvons-nous mieux soutenir ceux et celles qui souhaitent en faire une carrière? Comment retenir cette expertise dans nos régions? Et comment assurer la continuité de mécanismes de proximité, comme les CDEE, qui permettent d’accompagner les entraîneurs au-delà de leur formation initiale?

Ces questions sont importantes si nous voulons réfléchir sérieusement au système sportif que nous souhaitons bâtir pour les prochaines années. Nous pouvons investir dans nos infrastructures, soutenir nos organisations et offrir davantage d’occasions de pratiquer un sport. Mais pour que ces investissements produisent pleinement leurs effets, nous devons également investir dans les personnes qui donnent vie à ce système.

Du 14 au 20 septembre, prenons donc le temps de dire #MerciCoach. Remercions les entraîneurs, bénévoles comme professionnels, qui donnent de leur temps, transmettent leur savoir, développent nos jeunes et accompagnent nos athlètes. La Semaine nationale des entraîneurs nous invite justement à reconnaître leur contribution et l’influence qu’ils exercent dans nos communautés.

Mais si nous voulons réellement reconnaître leur importance, notre réflexion ne peut pas s’arrêter au merci. Professionnaliser davantage le métier d’entraîneur, développer et retenir leur expertise et pérenniser les mécanismes qui les accompagnent, c’est aussi investir dans l’avenir de notre système sportif.

Parce que pour développer et retenir nos athlètes dans nos régions, nous devons aussi développer et retenir ceux et celles qui les accompagnent.