Et si nous commencions à calculer ce que le sport nous rapporte?

Publié le

Lorsqu’un gouvernement investit dans une infrastructure sportive, soutient un programme, contribue au développement d’un entraîneur ou accompagne un athlète, le montant apparaît quelque part dans un budget. Cette dépense est facile à calculer. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est tout ce que cet investissement peut générer en retour : des économies potentielles en santé, de l’activité économique, des emplois, des milliers d’heures de bénévolat, des liens sociaux, des jeunes qui développent de saines habitudes de vie, des communautés plus dynamiques et des athlètes qui inspirent la prochaine génération.

Et si, pendant cette campagne électorale, nous commencions à regarder les deux côtés de l’équation?

Les prochaines semaines seront remplies de propositions sur la santé, l’éducation, l’économie, les infrastructures et le développement de nos régions. Ce sont évidemment des enjeux déterminants pour l’avenir du Québec. Mais quelle place voulons-nous donner au sport dans ces grandes orientations? Pas simplement comme un secteur à financer, mais comme un système qui contribue directement à plusieurs des objectifs que nous cherchons collectivement à atteindre.

Investir avant d’avoir à réparer

Au Canada, les coûts du système de santé associés à la sédentarité ont été estimés à 3,9 milliards de dollars en 2022. Une population plus active contribue pourtant à diminuer l’incidence de plusieurs maladies liées à l’inactivité et, par conséquent, la pression exercée sur notre système de santé.

Ce constat prend tout son sens alors que le Québec s’est doté d’une Stratégie nationale de prévention en santé 2025-2035. Parmi les ambitions qui y sont formulées, on retrouve celle de faire en sorte que toutes et tous adoptent des modes de vie physiquement actifs dans leur quotidien. La prévention est donc déjà reconnue comme un moyen d’améliorer la santé et le bien-être de la population et d’agir en amont sur plusieurs enjeux auxquels notre société doit répondre.

Le sport n’est évidemment pas la seule réponse à l’inactivité physique. Il constitue toutefois un élément important de cette réponse. Le rapport de la Commission sur l’avenir du sport au Canada le décrit d’ailleurs comme un facteur clé de l’activité physique tout au long de la vie. L’INSPQ rappelle également les nombreux bénéfices associés à l’activité physique, autant pour la santé physique que psychologique.

Un enfant qui découvre le plaisir de bouger dans un gymnase, sur une patinoire, dans une piscine ou sur un terrain ne reçoit donc pas uniquement un service sportif. Nous créons aussi les conditions qui peuvent lui permettre de développer une relation avec l’activité physique qui se poursuivra pendant des années.

Une valeur qui dépasse largement la santé physique

Réduire la valeur du sport à ses effets sur la santé serait toutefois passer à côté d’une bonne partie de ce qu’il produit. Le sport crée des liens, offre aux jeunes des milieux auxquels appartenir, leur permet de côtoyer des adultes significatifs et leur donne des occasions de relever des défis, de développer leur confiance et d’acquérir des compétences qui les suivront bien au-delà du terrain.

Dans les consultations de la Commission sur l’avenir du sport au Canada, les principaux bénéfices associés à la participation au sport organisé étaient d’ailleurs la santé physique, la création de liens et d’amitiés ainsi que le développement de compétences comme le leadership et le travail d’équipe.

Ces retombées sont plus difficiles à inscrire dans un budget, mais elles ont une valeur bien réelle. Lorsque nous évaluons un programme sportif uniquement par le nombre de participants, les heures d’utilisation d’une installation ou les médailles remportées, nous ne mesurons qu’une partie de ce qu’un système sportif peut produire pour une communauté.

Une activité économique à part entière

Le sport génère également des retombées beaucoup plus faciles à mesurer. En 2023, sa contribution au produit intérieur brut canadien atteignait 7,6 milliards de dollars, dont 2,1 milliards provenant du sport organisé. La même année, 99 600 emplois étaient liés au sport au Canada.

Les événements sportifs participent eux aussi à cette dynamique en générant de l’activité dans l’hébergement, la restauration, le transport et les commerces locaux. Les infrastructures sportives permettent quant à elles d’accueillir des citoyens, des clubs, des programmes, des compétitions et des événements. Elles peuvent également contribuer à l’attractivité d’une communauté et sont reconnues comme des actifs précieux pour les collectivités.

Lorsqu’une collectivité investit dans une infrastructure sportive, elle ne finance donc pas uniquement des murs, une glace ou un terrain. Elle investit dans un actif collectif capable de produire des retombées pendant des années.

Une richesse qui apparaît rarement dans les budgets

Il existe également une contribution immense au système sportif qui est beaucoup plus difficile à comptabiliser : celle des bénévoles. Entraîneurs, officiels, administrateurs, gérants, parents, organisateurs d’événements et membres de conseils d’administration donnent leur temps et leur expertise pour permettre à nos organisations de fonctionner.

En 2020, l’incidence sociale générée par le sport, l’activité physique et les loisirs, une mesure reflétant notamment la valeur du bénévolat dans les activités axées sur le sport, était estimée à 13,6 milliards de dollars au Canada.

Derrière un investissement public ou privé se trouve donc souvent un effet multiplicateur. Des citoyens, des organisations et des communautés ajoutent leur temps, leurs connaissances et leur engagement aux ressources financières investies. Cette richesse est considérable, mais elle est aussi fragile. Pour continuer à bénéficier de cette mobilisation, notre système doit être capable de soutenir les personnes et les organisations qui le font vivre.

Penser au-delà de l’investissement ponctuel

C’est peut-être là que notre réflexion doit aller plus loin. Si le sport produit autant de retombées, la question n’est pas seulement de savoir combien nous y investissons. Elle est aussi de savoir quel système sportif nous voulons construire avec ces investissements et s’il sera capable de continuer à produire ces retombées dans dix, quinze ou vingt ans.

Un système sportif fort ne repose pas sur une seule intervention. Il dépend de clubs capables d’accueillir les participants, d’entraîneurs compétents, de bénévoles qui souhaitent demeurer engagés, d’organisations solides, d’infrastructures accessibles et adaptées ainsi que de possibilités permettant à chacun de trouver sa place et de poursuivre son parcours.

C’est ici que la notion de continuum prend tout son sens. Un enfant découvre un sport, développe ses habiletés et prend confiance. Certains pratiqueront simplement pour le plaisir toute leur vie. D’autres voudront compétitionner, progresser et se dépasser. Quelques-uns souhaiteront atteindre les plus hauts niveaux. Certains reviendront ensuite comme entraîneurs, officiels, bénévoles, professionnels ou dirigeants.

À l’autre bout du continuum, lorsqu’un athlète atteint les plus hauts niveaux, son parcours peut à son tour inspirer un enfant à essayer un sport pour la première fois. Le rapport de la Commission souligne d’ailleurs ce pouvoir d’inspiration du sport de haut niveau et des athlètes auprès de la prochaine génération.

La participation nourrit l’excellence, l’excellence peut nourrir la participation, et les personnes qui vivent le sport aujourd’hui sont souvent celles qui le feront vivre demain.

C’est cette capacité à participer, à rester, à progresser, à performer et éventuellement à transmettre qui contribue à la force et à la pérennité d’un système sportif.

Cette réflexion rejoint d’ailleurs celle portée actuellement par la Coalition pour l’avenir du sport et de l’activité physique au Québec (CASAPQ), qui invite à réfléchir collectivement au modèle dont le Québec a besoin pour les prochaines décennies. La Coalition propose notamment de faire du sport, de l’activité physique et du plein air une priorité nationale et de revoir le modèle dans son ensemble plutôt que de continuer à intervenir à la pièce.

Et en Outaouais?

Cette réflexion mérite aussi d’être faite chez nous. Chaque décision concernant une infrastructure, un club, un programme, un entraîneur, un événement ou un athlète peut sembler relativement petite lorsqu’elle est regardée isolément. Ensemble, pourtant, ces décisions déterminent la force de notre écosystème sportif régional.

Elles influencent notre capacité à faire bouger nos jeunes, à conserver notre expertise, à soutenir nos entraîneurs et nos organisations, à accueillir des événements, à développer nos athlètes et à offrir des milieux de vie dynamiques. Elles déterminent également si un jeune qui découvre un sport en Outaouais pourra continuer d’y progresser lorsque ses ambitions grandissent et si les personnes qui font vivre notre sport auront encore les moyens et l’envie de le faire demain.

C’est pourquoi la campagne électorale actuelle constitue une occasion de parler de sport autrement. Lorsque les partis et les décideurs réfléchissent à la prévention en santé, au développement de nos jeunes, aux infrastructures, à l’économie ou à la vitalité des régions, le sport devrait faire partie de cette réflexion.

Il ne constitue pas la réponse à tous nos défis, mais il contribue à plusieurs des solutions que nous cherchons déjà. La question n’est donc peut-être pas uniquement de savoir combien nous sommes prêts à consacrer au sport. Nous devrions aussi nous demander quelle place nous voulons lui donner dans les orientations du Québec pour les prochaines années et quelles conditions nous devons mettre en place pour que notre système sportif puisse continuer à jouer son rôle.

Nous savons assez bien calculer ce que nous consacrons au sport. Il est temps de mesurer aussi tout ce qu’il nous rapporte.

Alors, pendant cette campagne électorale, parlons sport. Regardons les deux côtés de l’équation et réfléchissons au système sportif que nous voulons bâtir pour les prochaines années.

Parce qu’investir dans le sport ne consiste pas seulement à répondre aux besoins d’aujourd’hui. C’est créer les conditions pour qu’il continue de contribuer à la santé, au développement et à la vitalité de notre société demain.

Sources : ParticipACTION, Faits et statistiques – La science derrière les bienfaits de l’activité physique, du sport et des loisirs; Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Activité physique – Habitudes de vie; Gouvernement du Québec, Stratégie nationale de prévention en santé 2025-2035; Commission sur l’avenir du sport au Canada, Transformer le sport au Canada : L’heure est à l’action – Rapport final, 2026; Institut canadien de la recherche sur la condition physique et le mode de vie, Le bénévolat dans le sport, l’activité physique et les loisirs.